Cannes Diary 2013

Le festival de Cannes 2013 a été une expérience inédite pour moi, je me suis retrouvée pendant trois semaines dans une bulle impénétrable, au cœur de cet événement mondial. La chance à mes cotés, je travaillais dans le service presse en tant que photographe, j’avais donc accès à un envers différent des autres faiseurs d’image. J’étais au plus près de ces personnages tant médiatisés, presque déshumanisé par tout ce que nous montre les couvertures de magazine, la télévision ou site-web en tout genre. J’ai cherché ce monde sordide régit par des codes secrets et les clichés habituels, mais ce que j’y ai trouvé est différent, plus réaliste et pourtant d’une belle intensité.

Le Cannes que j’ai vu est peuplé d’hommes et de femmes qui ont des faiblesses, et comme dirait la chanson, des maladresses. Ceux-là même qui occupent le devant de la scène peuvent être timides ou mal à l’aise devant ces photographes qui se pressent devant eux. Cette actrice qui ne cesse de jouer avec sa bague, les mains dans le dos, elle appréhende le moment où elle devra parler devant cette assemblée de personne qui l’attend. Certains sont las, fatigués mais continuent de feindre un bonheur exagéré ou au contraire une totale indifférence. Ce sont les contraintes de leurs vies, toujours jouer le personnage qu’ils se sont choisis. Il y avait de la peur, du stress chez d’autres qui étaient conscients de l’étape qu’est ce festival, l’enjeu est important, à la hauteur de leurs aspirations. Alors imaginez la fierté d’être primé, celle que l’on peut voir dans les yeux de ces deux hommes s’avançant sous les regards. Les instants que j’ai immortalisés sont loin du strass et des paillettes que l’on sert à toutes les sauces, ce sont des instants qui m’ont touché, comme la complicité entre un acteur et son attaché de presse, ou les regards focalisés sur ces deux jeunes actrices alors que ce réalisateur juste derrière, est certes moins polémique mais tout aussi intéressant. Chacun tentant à sa manière de ne pas se laisser dominer par l’appréhension et la tension régnante, comme ce réalisateur faussement décontracté ignorant la caméra qui le suit de si près. Ces artistes qui ont accepté de poser à quelques secondes de la présentation de leur film, ou ces jeunes acteurs qui fumaient leurs dernières cigarettes avant leur premier tapis rouge, ils recherchaient tous cette sérénité ultime avant un grand moment. J’étais si proche et en même temps si loin de l’agitation continuelle du Festival, c’était une guerre de flash et de cri, un immense terrain de jeu où chacun voulait la victoire avec toute sa rage et sa hargne, mais où tout le monde était dans la même équipe.

J’ai avant tout aimé capturer ces moments, synonymes de rencontres parfois. C’était une aventure humaine, où j’ai pu découvrir des personnalités au sens littéral du mot, c’est pourquoi certains clichés sont focalisé sur des détails du corps, pour que vous identifiez le caractère et non la personne, car c’est ce que j’ai vu à ce Festival de Cannes 2013, des personnes.

Texte de Sarah Kratz